Zoom sur : L’Odyssée

La vision de L’Odyssée de Nolan est réussie, notamment grâce à un excellent montage qui donne au film un rythme efficace et haletant. C’est une adaptation assez épurée de l’œuvre d’Homère et constitue une porte d’entrée pour redécouvrir ou réviser L’Odyssée d’Homère. L’adaptation de Nolan donne envie de se replonger dans toutes les autres adaptations d’Ulysse, notamment le film de 1954 avec Kirk Douglas, ou tout bonnement le poème d’Homère.

La musique, énigmatique, contribue à installer une véritable tension, notamment dans certaines scènes mythologiques. Les moments où le divin se mêle au monde des hommes sont d’ailleurs particulièrement intéressants. C’est probablement là que le film trouve certaines de ses plus belles réussites.

En revanche, je n’ai à aucun moment été réellement ému, à l’exception de la scène du chien Argos qui attend le retour de son maître. Et c’est justement une scène qui aurait pu devenir un véritable coup émotionnel, mais qui m’a semblé trop rapidement expédiée, voire bâclée. C’est peut-être là que se trouve l’une des principales limites de Nolan : il semble davantage dans la monstration que dans l’émotion. Il montre les événements, les situations et les personnages, mais peine parfois à leur donner une véritable profondeur émotionnelle.

Cela se ressent également dans la direction d’acteurs. Certains comédiens, comme Matt Damon et Anne Hathaway, tirent leur épingle du jeu, tandis que d’autres peinent davantage à convaincre. Est-ce réellement un problème de direction d’acteurs ? Difficile à dire, mais j’ai souvent le sentiment que Nolan empêche ses comédiens d’aller chercher quelque chose de plus brut. Les personnages semblent parfois prisonniers de la mise en scène plutôt que pleinement habités par leurs émotions.

Enfin, les décors sont relativement simples. Mais ce choix n’est pas forcément un défaut : il permet justement d’éviter la démesure et la surenchère visuelle que l’on aurait pu craindre avec un tel projet. L’ensemble reste donc assez maîtrisé, même si cette maîtrise finit parfois par donner au film une certaine froideur.

La vision de Nolan, très décriée, notamment en raison du choix de faire incarner des personnages historiquement grecs par des acteurs de différentes origines, a suscité de nombreux débats. Pourtant, j’y vois une autre lecture. Comme le rappelle le personnage de Pénélope dans le film : “notre civilisation grecque est au bord de la destruction”. J’y vois donc un véritable parallélisme avec nos sociétés actuelles. Le fait de représenter différentes origines — noires, asiatiques, blanches, orientales — montre qu’aucune communauté n’est meilleure qu’une autre et qu’aucune civilisation actuelle ne peut réellement prétendre être supérieure aux autres ou détenir la vérité.

Le film semble ainsi refléter notre époque : il ne cherche pas nécessairement à désigner un camp ou une civilisation qui aurait raison, mais plutôt à montrer que nous avons tous nos contradictions et, d’une certaine manière, notre part de responsabilité. À travers cette relecture de L’Odyssée, Nolan semble finalement transformer le récit d’une civilisation en crise en miroir de notre propre monde, où aucune partie ne peut véritablement détenir la vérité.

Au final, L’Odyssée est un film solide, bien rythmé et visuellement maîtrisé, mais qui ne provoque que rarement l’émotion. C’est une adaptation intéressante et accessible de l’œuvre d’Homère, mais certainement pas le chef-d’œuvre que l’on pouvait espérer. Toutefois, je dirais que L’Odyssée est l’un des films les plus aboutis et les plus intéressants de Nolan. Malgré ses défauts, notamment son manque d’émotion et une direction d’acteurs parfois discutable, le film me semble plus équilibré que certains de ses précédents travaux. Interstellar était, à mes yeux, affreusement long, tandis qu’Oppenheimer était particulièrement bavard et intellectuel. Avec L’Odyssée, Nolan revient à un cinéma plus spectaculaire et accessible, tout en conservant une certaine ambition. Ce n’est peut-être pas le chef-d’œuvre annoncé, mais c’est probablement l’un de ses films les plus maîtrisés dans la lignée du Prestige et Inception.

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